Vue d’ensemble sur l’histoire de Tombouctou.

The Niger River, Timbuktu The Niger River, Timbuktu

Bien que la ville de Tombouctou ait été fondée au 12ème siècle et soit devenue un important centre commercial,  c’est seulement au 15ème siècle qu’elle acquit une proéminence en tant que capitale intellectuelle.  Les chroniqueurs mentionnent que la ville a ses racines dans les camps d’été nomades qui s’étaient établis à quelques kilomètres du fleuve Niger, base à partir de laquelle ils pouvaient ravitailler leurs chameaux en eau et en pâture pendant la période d’intense chaleur.  Cette position s’étant révélée stratégique pour le commerce, elle attira bientôt beaucoup de monde. Cette implantation n’était pas uniquement importante du fait de son emplacement au point de jonction de l’aride Sahara et de la luxuriante vallée du fleuve Niger, mais parce que le fleuve lui-même offrait une route pratique pour l’acheminement des marchandises vers et en provenance des régions plus tropicales de l’Afrique de l’ouest. Ainsi, les marchands qui s’y étaient établis très tôt furent-ils  suivis beaucoup plus tard par des intellectuels musulmans après l’établissement d’une communauté permanente.

La population de Tombouctou a toujours été mélangée.  Bien que fondée par les Touaregs Imagharen, elle a été établie par des Arabes venus de différentes oasis, par des marchands et des intellectuels Soninke, des Songhays venus initialement en conquérants, et par des Fulbes. De nos jours, le songhay est encore la langue dominante, mais les langes arabe et tamasheq sont aussi largement utilisées.

La ville n’est pas mentionnée dans les sources arabes avant la visite qu’effectua Ibn Battuta au début de 14ème siècle. Vers 1325, le dirigeant malien Mansa Musa visita la ville alors qu’il revenait du Pèlerinage. Il s’y fit construire une résidence et fit édifier la Grande Mosquée (Jingere-Ber). Avec le déclin de l’empire malien à la fin du 14ème siècle, la ville passa sous le contrôle d’un groupe de Touaregs  qui furent finalement chassés en 1468 lorsque la ville fut incorporée sous le règne de Sonni’Ali dans l’Empire Songhay naissant.

C’est au 16ème siècle, en particulier sous le règne de Askia al-Hajj Muhammad, (1493-15280) que Tombouctou connut son ’’âge d’or’’.  Askia Muhammad, fut un grand mécène des intellectuels, et les chroniques historiques de la région, le Ta’rikh al-Sudan et le Ta’rikh al-Fattash, le décrivent comme un chef pieux et cultivé qui écoute les conseils des intellectuels.

Les livres étaient une partie importante de la culture locale, les manuscrits étant copiés et vendus depuis un certain temps déjà.  Sous le mécénat de l’Empire Songhay (1468-1591), l’activité intellectuelle était florissante et les intellectuels de Tombouctou commencèrent à écrire leurs propres livres sur des thèmes religieux ou séculiers, en plus de commentaires sur des œuvres classiques. Au 16ème siècle, Tombouctou était aussi un centre de commerce des livres.  Léon l’Africain (al-Hasan ibn Muhammad al-Wazzan al-Zayyati) fait un rapport  très élogieux du commerce du livre dont il fut témoin lors de sa visite dans la ville au cours des premières années de ce siècle. Des manuscrits arrivaient à Tombouctou, importés  d’Afrique du Nord et d’Égypte, et les intellectuels qui se rendaient en pèlerinage à La Mecque y copiaient souvent des textes, de même qu’au Caire sur leur chemin de retour, pour les inclure dans leurs bibliothèques personnelles.  Il existait aussi une active industrie de la copie de textes à Tombouctou même.

Memorial to Ahmad Baba, Timbuktu Memorial to Ahmad Baba, Timbuktu

On a rapporté qu’Askia Daoud, qui régna de 1548 à 1583, établit des bibliothèques publiques dans le royaume.  En outre, un trait caractéristique de l’élite intellectuelle était l’établissement de bibliothèques personnelles, passion qui persiste encore de nos jours. On raconte qu’Ahmed Baba (1556-1627), un des plus célèbres intellectuels de Tombouctou, aurait dit que sa bibliothèque personnelle riche de plus de 1600 volumes était une des plus petites parmi les collections des intellectuels de la ville.

L’âge d’or de Tombouctou fut abruptement interrompu par l’invasion marocaine de 1591 initiée par le dirigeant Sa’dian du Maroc, Mawlay Ahmed al-Mansur. À la suite de cette invasion, l’importance commerciale et intellectuelle de Tombouctou commença à décliner progressivement.  Une des victimes de cette invasion fut Ahmed Baba, qui fut exilé au Maroc avec toute sa famille (1593-1608).  De plus, la majeure partie de son importante bibliothèque fut détruite.

Avec le temps, les dirigeants militaires de la ville rompirent les liens avec les Sa’dians qui furent eux-mêmes assaillis par les problèmes à la suite de la mort d’Ahmed al-Mansur.  Un état faible dont le siège se trouvait à Tombouctou fut maintenu autour du fleuve Niger, de Jenne à Bamba. Il en découla de graves difficultés pour la ville au cours des siècles qui suivirent, engendrant un déclin considérable de l’activité intellectuelle. La ville passa brièvement sous contrôle fulbe dans la première partie du 19ème siècle, pour finalement être occupée par la France en 1894.  La colonisation française devait durer jusqu’à l’indépendance du Mali qui eut lieu en 1960.

Cette vénération pour la chose écrite avait cependant trouvé refuge depuis longtemps déjà dans le cœur des habitants de Tombouctou, et tous, des élites intellectuelles au peuple en général, gardaient tout manuscrit qui venait en leur possession. De nos jours, on estime qu’il existe environ 300 000 de ces manuscrits en circulation à Tombouctou et dans les régions voisines. Enfermé dans ces pages se trouve un des plus grands patrimoines intellectuels de l’Afrique. Heureusement, les gardiens de ce trésor sont profondément engagés vis-à-vis de l’étude et du partage des connaissances. Grâce au travail de ces ‘’bibliothécaires du désert’’, cet héritage est en train de devenir l’objet d’une nouvelle découverte.